dimanche 27 janvier 2019

Reconstitution de l'état civil disparu : Décès aux Aubiers, à Saint-Aubin de Baubigné, à La Chapelle Largeau

Au début du XIXème siècle, au vu de la tenue aléatoire des registres d'état-civil durant la Révolution en particulier dans certaines régions telles que la Vendée militaire, des reconstitutions de l'état-civil disparu sont effectuées.
Ces documents, le plus souvent des listes ou des tableaux, permettent de retrouver les naissances, mariages et décès survenus durant cette période.
Les naissances et les mariages y sont le plus souvent déclarés car l'absence d'acte de naissance ou de mariage pouvait poser des problèmes par la suite, les décès, en revanche, y sont rarement répertoriés.
Dans certaines communes cependant, certains le sont.

Pour le nord des Deux-Sèvres, plus précisément Mauléon et les communes environnantes, une reconstitution de l'état-civil disparu de 166 pages a été mise en ligne. C'est celle-ci que j'ai utilisée. Il n'y a pas de réelle organisation, si ce n'est par commune le plus souvent, mais il n'est pas rare de trouver un tableau, puis plus loin, une feuille avec quelques noms.

J'ai donc décidé de retranscrire les décès seulement, car c'est ce qui est le plus difficile à trouver et n'est souvent pas répertorié ailleurs. Cette liste n'est évidemment pas exhaustive, car de nombreux décès n'ont pas été déclarés lors de ces reconstitutions, cependant, tous les décès figurant dans la reconstitution pour les communes concernées figurent ci-dessous.


Commune des Aubiers

  • Décès de Jeanne Blanchard, femme de Jean Michaud, décédée 22 germinal an 12
  • Gabriel Melais (ou Metais) au mois de ventôse an 2 fils de Jacques Gabriel et de Françoise Proust
  • Jacques Moreau décédé il y a douze ans dans le mois d’octobre prochain, de cette commune, fils de Pierre Moreau décédé natif de Combrand et de Perrine Jotereau
  • Antoine Peltier, fils de Antoine Peltier et de Marie Sanarit (ou Fanarit) du premier janvier an 2
  • Jacquette Gilbert,  fille de René Gilbert, femme Peltier ? morte le 28 octobre an 10
  • André Jenanlt ou Jenault du 20 brumaire an 7
  • Marie Françoise Billy, femme de René Mignaud du 20 août an deux (date écrite telle quelle)
  • Jeanne Boissonot femme de Louis Benoist du 29 ventôse an dix
  • 10 Pluviôse an 3, décès de Joseph Banchereau, vivant aux Aubiers, fils de Jean Banchereau et de Françoise Touillet, âgé de 69 ans
Commune de La Chapelle Largeau
Dates des décès
Noms de famille, prénom et profession
Du décédé                        De leur père                       De leur mère
7 vendémiaire au 6
Gabard Pierre, marchand
Gabard Jean, cultivateur
Geay Jeanne
26 fructidor an 6
Gabard Marie Anne, cultivatrice
Gabard Pierre, cultivateur
Landreau, Marie-Anne

17 pluviôse an 4
Texier Rose, meunière
Texier Pierre, meunier
Chupin Marie
14 floréal an 3
Beaufreton Louise, cultivatrice
Beaufreton Math., cultivateur
Grégoire Perrine
8 messidor an 2
Devaud Françoise, tisserande
Devaud Pierre, tisserand
Chenu Marie
24 germinal an 2
Viou Jean-Baptiste, pre
Viou, Jean pre
Durand
18 brumaire an 2
Loiseau Pierre, cultivateur
Loiseau Charles, cultivateur
Bibard Marie
16 floréal an 7
Paineau René, bordier
Paineau Jean, bordier
Graveleau Marie
28 prairial an 4
Delion François, tisserand
Delion François, tisserand
Bacle Marie
10 frimaire an 3
Guédon Marie, bordière
Guédon Pierre, bordier
Andouitte/Audouitte Marie
14 brumaire an 3
Jouffrion Françoise, bordière
Jouffrion François, bordier
-
17 nivôse an 3
Jouffrion Pierre, bordier
Jouffrion François, bordier
-

Pour Châtillon sur Sèvre (Mauléon), le document indique qu'il n'y a aucune déclaration de décès. Cela ne veut évidemment pas dire qu'il n'y a eu aucun décès dans la commune, mais que les personnes ne se sont pas déplacées pour les déclarer lors de cette reconstitution. Les registres paroissiaux permettent de trouver un certain nombre de décès.
Pour La Petite Boissière, même situation.
Commune de Saint-Aubin de Baubigné
15 ventose an 2, décès de Marguerite Pétillé, fille de Michel Pétillé et de Marguerite Charrier
12 germinal an 3, décès de Jean Pichaud, fils de Pierre Pichaud et de Perrine Péridy

Le nord des Deux-Sèvres et les guerres de Vendée

Comme de nombreuses personnes dont une partie de la famille est originaire du nord des Deux-Sèvres, j'ai été rapidement confrontée aux écueils de la période révolutionnaire dans la région.
Le nord des Deux-Sèvres, comme une partie de la Vendée actuelle, du Maine-et-Loire, et le sud de la Loire-Atlantique (rive gauche de la Loire), faisait partie de la Vendée militaire, qui s'est soulevée en 1793.
D'un point de vue généalogique, cette période pose souvent problème dans le sens où de nombreux registres ont disparu.
Dans la majorité des communes, les registres sont souvent lacunaires pour la période. Faisons un tour d'horizon des différents registres existants.

Premièrement, les registres d'Etat-civil, censés être tenus à partir de 1792. En pratique leur tenue est très aléatoire jusqu'en 1803 dans de nombreuses communes.
Ensuite, les registres paroissiaux (registres BMS), qui ont continué à être tenus pendant la révolution, certains tenus par les prêtres jureurs (constitutionnels), d'autres dits clandestins et tenus par les prêtres réfractaires. Les prêtres constitutionnels sont ceux ayant prêté le serment exigé par la Constitution civile du clergé, et les prêtres réfractaires ceux l'ayant refusé. Ces derniers sont majoritaires dans la Vendée militaire.
Néanmoins, les registres paroissiaux, officiels ou clandestins sont parfois tenus de manière aléatoire eux aussi. Il faut combiner les différentes sources pour, avec de la chance, trouver l'information que l'on cherche.
Lors des mariages des enfants, les noms des parents est indiqué, ainsi que leur commune de résidence, et s'ils sont vivants ou décédés. Parfois, sur certains actes, la cause du décès est ajoutée si elle est liée à la guerre.

A ces registres, il faut ajouter la reconstitution de l'état civil disparu, menée au début du XIXème siècle. Il s'agit le plus souvent de listes ou de tableaux, récapitulant les naissances, mariages et décès ayant eu lieu dans une commune pendant la Révolution. Cependant, ces tableaux sont faits sur la base des déclarations. Les naissances y sont donc le plus souvent répertoriées, puisque l'absence d'acte de naissance, ou à défaut d'acte, de présence sur ces listes, posait un problème juridique au moment du mariage puisque l'individu, juridiquement, n'existait pas. De nombreux mariages y sont aussi indiqués. En revanche, peu de décès y sont mentionnés. 
Plusieurs raisons expliquent cela. Parfois, les décès ne sont pas déclarés simplement parce que cela ne pose aucun problème juridique à la famille, qui estime que l'acte de sépulture suffit, quand il existe.
Dans d'autres cas, le problème est d'un autre ordre : personne n'a déclaré le décès car il n'y avait personne pour le faire. C'est le cas des familles décédées durant la guerre, des hommes dont les veuves sont décédées quelques années plus tard notamment. 
Parmi mes ancêtres, j'ai un cas semblable. Lors de son mariage en 1813,  il est indiqué que Jean-Baptiste Boisseau est le fils de Jean Boisseau et de Renée Béquet, tous deux décédés et habitant de leur vivant à Châtillon-sur-Sèvre. 
Renée Béquet est inhumée le 1er janvier 1796 à Châtillon-sur-Sèvre, et est mentionnée comme veuve de Jean Boisseau. Il est donc décédé avant cette date. Est-il tombé au combat, comme tant d'autres de la région ? Est-il décédé de manière naturelle, avant même le début de la guerre civile, ou pendant ?
Je ne le saurai probablement jamais, les archives de la commune ayant disparu durant les guerres de Vendée.

Ceux qui ont survécu, ou dont les veuves ont survécu, ont pu demander une pension, durant la Restauration. Une grande partie de ces demandes sont disponibles sur le site des archives départementales de la Vendée. 
Je dois également mentionner le travail de Raymond Deborde, qui a retranscrit une liste de 370 veuves et 9 femmes blessées des Deux-Sèvres ayant demandé une pension. La liste est ici. Elle m'a permis de retrouver un de de mes ancêtres, François Raimond de Saint-Aubin du Plain, mort au combat en 1793 à Châtillon, et dont la femme, Jeanne Thérèse Puichault a touché une pension. 

En combinant les sources, il est donc possible d'avoir une idée de nos ancêtres décédés durant cette période ou ayant pris part à la guerre. Cependant, les décès des hommes célibataires, de ceux dont les femmes sont décédés aussi, sont souvent difficilement trouvables pour ne pas dire introuvables. C'est vrai en particulier pour ceux décédés loin de leur lieu de résidence, que ce soit lors des grandes batailles ou lors de la Virée de Galerne, dont je me demande même si leurs décès sont mentionnés quelque part.